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Foutaises
Publié par Yunette dans Articles par défaut [Intouchable] Marseille. Elle a installé son perchoir en ce lieu, décidant qu’ici sera l'endroit où elle reviendra parfois, où elle restera plus longtemps quand ses pieds auront besoin de repos. La ville lui a paru accueillante, les habitants ne la regardent pas (trop) de travers. Elle, la croqueuse de vie. Certes, comme partout, des bien-pensants n’acceptent pas sa façon d’exister, mais elle n’en a cure. Elle évolue au gré de ses envies, sur le moment, esprit libre. Amis, amants, mi-ami-amants aussi, les jours passent, semblables et différents. Elle travaille dans un bar, petit contrat, payée sous le manteau. Ses soirées finissent accompagnées, souvent, elle croque tout ce que la vie lui offre. Ça ne plait pas toujours, ce qui la fait rire un peu plus. Fanfaronne et sûre d’elle, elle raconte à qui veut l’entendre que son amour est vagabond et ne s’accordera jamais aux sonorités d’un cœur. Elle a toujours su se préserver des au revoir et des adieux douloureux. C’est tellement plus simple de n’aimer que superficiellement, d’apprécier fortement et ne garder que de vagues souvenirs. Revenir, parfois, mais pas obligatoirement. Les amours d’un soir, d’une nuit… Ou les amitiés fortes, où, parfois, la nuit observe des choses peu catholiques. Dernièrement, elle a dormi dans les bras d’un ange, ou presque. Elle s’y est plu. Un peu, beaucoup. Beaucoup trop en vérité. Elle ne l’a pas rencontré endormi sous un tilleul ni sous un olivier. Non, simple rencontre au boulot. Et, en insatiable dévoreuse, s’est intéressée. Ils ont discuté, longtemps, de pochtrons et d’amour, de miel aussi. De sous entendus en allusions, de manœuvres en verres d’eau de vie, la brune a poussé l’ange à rester une nuit, déjà. Elle a même tenté la flagornerie pour le décider… mais cet écart dans ses manigances n’a guère été concluant. Elle n’est décidément pas douée pour flatter hypocritement. L’homme, donc, est resté, il se doit de l’aider à finir la bouteille entamée. Ils mènent ensemble, par jeu, une étude scientifique des plus poussées, celle des tourteaux en eaux fraiche et la continuent encore, au sec cette fois, la même nuit. Le lendemain, sous les oliviers, il parle de son départ, elle d’un ami qui arrivera sous peu. Un ami-amant qui partage ses nuits lorsque son lit est froid. Le quasi-ange parle de partir immédiatement et elle se surprend à le vouloir retenir… d’un brin de mauvaise foi, met cela sur son goût des bonnes choses et sa curiosité scientifique. Et il est resté. Le soir le voit, perdu dans le noir, environné d’une odeur de sauge, devant sa porte. Rougeoiement d’un brûle gueule dans la nuit, porte qui s’ouvre et deux ombres qui pénètrent en un logis. Le sien. L’étude est menée de main de maitre, laissant là, las, deux amants éreintés. L’éveil des sens, un partage total, bestial bien plus que tendre. Elle apprend à n’être que jouet entre des mains attentives, elle qui, souvent, mène la danse, subit, volontaire. Malheureusement, ils ne sont pas en état de prendre des notes pour leurs études et l’avant sommeil se solde par des promesses de révision du sujet. Réveil tendre qui contraste avec l’hier. L’homme a faim, elle se fait déguster, aidant par là même les coqs à réveiller le quartier. Il est l’heure de toute façon. Soleil haut et estomacs pleins, ils s’en vont visiter les champs, la jeune femme est en repos ce jour. Le départ est encore une fois le sujet de leur discussion, il partira dans la nuit du lendemain, pour ne pas s’immiscer, pour ne pas déranger, pour ne pas qu’elle se lasse. Nulle envie de le savoir parti, mais la brune décide de simplement profiter du temps qui leur reste pour soulager leur insatiable soif de connaissances. Surtout qu’avec la mémoire à trous dont ils font montre tous deux, il faut souvent recommencer les expériences. Ils parlent mémoire d’ailleurs, et de ce qu’elle leur laissera en souvenirs, sachant déjà qu’un détail comme ce moment où ils sont deux, ne faisant qu’un, leur cerveau le gardera. Au moins un peu. [Ou presque] Journée tranquille, avec parfois, souvent, un goût amer dans la bouche de la demoiselle. L’heure du départ approche et la croqueuse de vie commence à se rendre compte, que, peut être, ce n’est pas seulement physique. Sans aucun doute même. Du moins commence t elle à ouvrir les yeux sur son ressenti propre, progrès, énorme. Ils mettent le temps restant à profit, elle prend soin de ses os, massant celui qui se dit vieux, complexé par trois poils blancs nichés dans sa barbe. Elle s’en moque doucement, tentant d’adoucir ces derniers moments ensemble. Amants enlacés endormis. Futur ex-amants. Les heures fuient. Un sursaut dans le lit. Grand matin, aube passée depuis belle lurette. Il devrait être parti. Il est encore là. Tendre moment. Joie intense de la brunette, un jour de gagné. Un peu gênée toutefois vis-à-vis de l’ami-amant qui est sans doute déjà arrivé. Gêne qui est bien vite occultée de son esprit tandis qu’ils discutent, usant de leurs mots et de leurs corps. Encore. A croire qu’ils n’arrêtent pas. Ils vivent d‘amour et de bonne bectance, l’homme est gastronome. Il promet que plus tard, il lui enverra des recettes pour qu’elle cesse d’user de repas économiseurs de temps certes, mais fortement papilles-phages. Ils se croisent au bar, le soir venu. Elle s’est allée promener durant un moment, la mi-journée entière en fait, cherchant çà et là réponses qu’elle n’a qu’au fond d’elle-même. Elle a joué avec le feu, s’est brûlée. Marquée de l’intérieur. Elle n’a pas su se préserver vraiment, elle qui défend bec et ongle sa liberté. Amoureuse vagabonde. Amoureuse fugace, d’un voyageur sur le départ. Et son ami d’entrer au moment même où elle tente d’avouer son ressenti, à mots voilés, n’osant, enfin, dire les mots. Grand moment de solitude d’une demoiselle pourtant bien entourée. Mais l’ami ne l’est pas pour rien, ami, il dérange, le sait, le sent, et s’éclipse, les laissant parler avant le départ. Il sait qu’ensuite, la couche l’attend - couche vide ce soir là, un trousseau de clefs glissé dans la main, une adresse chuchotée, l’amiante découchera lui laissant son logis.- Une idée lui vient, à elle, pour garder l’aimé non avoué encore un instant ce soir là et indéfiniment ensuite ; elle lui propose de le croquer. Au fusain. A la lueur de bougies, dans une chambre aux murs lézardés, pose un homme, une femme lui lançant de furtifs regards, simplement pour rafraichir sa vue, pour le plaisir de le voir, connaissant déjà chacun de ses traits, les mains actives sur une page devant elle. D’autres feuillets, lui qui se trouve représenté, toujours. Fidèle à sa promesse, après l’avoir croqué, elle s’approche pour le croquer, mais l’homme est amer. Il se torture l’esprit à propos de l’autre, l’ami, qui est en ses draps. S’ensuivent des mots aussi durs que tendres, des mots qu’elle n’a jamais imaginé prononcer, des mots qu’elle n’a jamais cru qu’il lui dirait. Au fil des mots ils lancent l’idée qu’elle le marque. Un point d’encre. Au poignet. Ce qu’elle fait. Gage de souvenir. Ceci accompli, il retrouve sa fougue et son envie, oublié l’autre couche, oublié l’autre homme, seuls comptent désormais eux deux. Elle lui demande alors de la marquer de la même manière et, pour couper court aux questions, entreprend de le croquer, sans fusain ni mine. S’ensuit une étreinte des plus tendres, la nuit s’avance, vite, trop vite. Mirettes bleutées qui se ferment sous le plaisir décuplé. Amère étreinte au goût d’Adieu… d’Au Revoir se sont-ils dit. Il la tatoue ensuite, comme réclamé. Des regards, une main serrée, un dernier tendre baiser, un dos tourné, un nom griffonné sur une esquisse pour qu’elle le puisse reconnaitre, un souffle et un baiser dans un cou. Frisson. Un au revoir en somme. La porte se referme sur l’homme, laissant dans la chambre coquette, une femme, nue, aux joues salées et aux épaules tremblantes dont le regard se perd dans une ruelle sombre espérant l’y voir passer. Le matin la retrouve sur le lit au milieu des draps froissés, recroquevillée, les yeux perdus dans une lézarde. Ce soir là, Morphée s’est refusé à elle. Il lui écrira, elle aura des nouvelles, quand elle saura lire. Elle se projette dans son travail consciencieusement, gagnant en efficacité mais ayant quelque peu perdu en chaleur. Si elle n’a rien à faire, elle relave sa vaisselle propre. Pathétique ? Elle l’avait dit. Quelques rires et sourires échangés, une danse sans musique aux pieds écrasés offerte sans arrière pensée, des histoires d’oreilles et des bras tendrement amicaux. Elle va. Ni bien, ni vraiment mal. Elle va, simplement. Ce n’est qu’un au revoir. L’amant reparti, l’ami-amant aussi, elle récupère salaire, affaires et envie de voyager. Bâton en main, elle fait comme eux, elle fuit souvenirs et crustacés, s’éloignant dans les terres. [Zeste de Provence] Toulon. Sous un olivier. Ou plutôt, contre son tronc. Elle dort, profondément. Arrivée depuis deux jours, elle apprécie le calme de la ville. Une ville peuplée de silences, les rues sont désertes, les quelques rares habitants présents se cloitrent chez eux, profitant de la fraicheur de leurs murs. Certains, parfois viennent interrompre la partie de cartes solitaire qu’elle joue. Interruption saluée par un sourire, bienvenue. Elle n’aime guère rester en tête à tête avec ses pensées ces jours ci. Enfin, si, elle aime ça. Mais le retour sur terre lui plait moins. Pour y pallier, elle boit, pochtronne, l’alcool a cela de bon qu’il la rend joyeuse, insouciante. Se changer les idées, sans pour autant oublier, une gageure qu'elle compte bien soutenir. Elle s'oublie, elle, mais la brûlure ne la quitte pas. Elle a bien senti, avant son départ que son ami, essayait de l'aider un rien. Enfin, il a tenté, beaucoup, y est arrivé, un temps. Elle a refusé de se laisser gagner par un quelconque sentiment mélancolique, fort proche, prêt à éclore, mais elle lutte. Elle prend les choses, naturellement, sans chercher plus loin, croquant dans des saveurs, plus fades, sans doute, aucun, mais gouteuses malgré tout. La demoiselle songe. Ses rêves la mènent dans des situations improbables, sur les routes, souvent. Elle va reprendre bientôt sa marche. Il serait de bon ton qu’elle trouve une bonne âme pour l’accompagner, mais pour l’instant elle n’est tombée que sur de pauvres hères incapables de quitter leur propriété quelques jours. Cela l’amuse grandement d’ailleurs. Tout comme ce jeune homme qui fait la cour à toutes les femmes qu’il croise. Lui était charmant charmeur, mais proie trop aisée. Et elle n’a guère faim. Son sommeil est rythmé par des chutes plus ou moins régulières d’olives, un bercement apaisant. Chanson naturelle interrompue par un son pas moins naturel, mais bien moins végétal. Un bruissement d’ailes qui se stoppe alors qu’un "splotch" retentit à côté de son oreille. Ses mirettes s’ouvrent rondes telles des billes sur un roucoulant posé presque au dessus de la tête de la tout juste réveillée et s’arrêtent, les mirettes, sur un pli accroché à la patte du volatile. Sans chercher plus loin - ni réfléchir au fait que les pigeons, animaux fabuleux, savent vous retrouver où que vous soyez - la demoiselle se relève, omettant de poser la main sur le résultat du "splotch" précédemment cité. D’une main leste, elle libère la bête de sa charge, reconnait son propre nom, tracé sur le courrier. Abandonnant là, l’oiseau, elle ouvre précipitamment la lettre, cherchant du regard quelque signature que ses yeux accrochent bien vite au milieu de lettres dont elle ignore même le son. Son sourire s’étire tandis qu’elle abreuve ses prunelles de ces signes incompréhensibles, avide d’en connaitre le sens. Elle se dirige alors vers le Bar à Thym, lieu où elle a bien souvent croisé une jeune habitante avec qui elle a tissé quelque sympathie. A l’évocation du courrier attendu et de son illettrisme, celle-ci s’est spontanément proposée pour lui en faire lecture si jamais elle le recevait durant son séjour. Si. La poireauteuse a bien entendu accepté, non par fainéantise de prendre leçons - son professeur étant des plus agréables - mais par envie d’avoir des nouvelles, vite. Et le pli lui est parvenu. Et ils arrivent, elle et son courrier, au bar où une jolie brunette l’accueille avec un sourire des plus chaleureux. Une gamine impatiente. Voilà ce qu’elle est. Un sourire lui fend la figure d’une oreille à l’autre tandis qu’elle tend le pli à la dévouée lectrice. Empressée, elle s’installe, en position d’attente, ne prenant pas même le temps de commander à boire. Cette précipitation juvénile amuse grandement sa nouvelle amie, ce qui amène le rouge aux joues de l’illettrée. Enfin, elle va commencer ! Menton sur paume, coude sur la table, l’amante est littéralement suspendue aux lèvres de celle qui va lui faire connaitre les nouvelles tant espérées. - Nouvelles d’Arles. Arles ! Avec un peu de chance, il y sera encore quand elle arrivera d’ici quelques jours… Elle compte s’y rendre justement, ils se croiseront plus tôt ! Ainsi ses pensées la mènent vers un avenir proche, elle qui n’a jamais pensé qu’au présent vagabond. La lectrice s’est arrêtée à ces premiers mots, son visage décomposé, elle l’observe, attendant qu’elle reprenne. Inquiète tout à coup, elle l’interroge, plusieurs fois, se demandant pourquoi elle ne veut pas lui lire le contenu de ce pli si attendu. Cela va t il si mal qu’elle n’ose le lui dire ? Pourquoi la relit-elle encore pour elle seule ? A peine un regard et elle recommence. Et rien, pas un son ne sort de sa bouche. Ni même un souffle d’ailleurs… L’angoissée lui pose la main sur l’épaule, la secouant quelque peu, préoccupée par cet air absent. Tout à coup, une pointe de lucidité. Un murmure à peine audible s’échappe de ses lèvres. - Toulonnaise… La jeune femme respire à nouveau, relit encore la lettre et l’amante qui a compris qu’elle n’aura pas plus de renseignement sur le contenu continue sur le même ton. - Vous l’avez connu aussi… Le regard vide que la muette pose sur elle lui fait baisser les yeux, première fois qu’elle fait ça devant une femme, première fois que ce n’est pas un jeu, un air à se donner. Elle s’excuse, gênée, de lui avoir demandé de lire le pli, pli qu’elle ramasse précipitamment lorsqu’il choit au sol, froissé par la main de la jeune femme bafouée. Celle-ci ne relève les yeux sur elle que lorsqu’elle quitte la taverne, laissant là une croqueuse un rien désemparée. Elle se garde bien de faire savoir aux compagnes ou ex-compagnes de ses amants de passage qu’elle a eu quelque aventure avec eux. D’ordinaire, elle s’entend bien avec elles, et cela n’a guère d’importance. Mais là, c’est raté. Elle aurait dû s’en douter. Une demoiselle aussi charmante, sympathique et avec de l’esprit. Une personne ouverte, souriante, et qui aime bien lever le coude, ce ne peut être qu’une de ses amantes. Elle aurait dû comprendre quand elles avaient parlé confitures et liqueurs, amant vagabond, son esprit lui disait bien que l’expression ne lui était pas inconnue, mais rien ne l’avait réveillé à ce moment. Baste ! Si elle avait su… Elle partira le soir même. Pas question de lui imposer encore sa vue. Dommage, elles s’entendaient bien. Elle la regarde disparaitre sans esquisser le moindre geste en sa direction. Elle doute d’être la bienvenue pour la consoler de quelque façon que ce soit. Elle lisse machinalement la lettre froissée et la serre contre son sein, à défaut d’en connaitre le contenu, elle l’aura proche d’elle. Presque un bout de lui. De sa besace, serrés entre deux fines planches de bois, elle sort ses croquis faits la nuit de son départ. Elle s’emplit l’esprit de leur vision, caressant des yeux l’image de cet homme qui en fait couler le sel. Elle range les dessins du tourteau frileux et se lève à son tour. Elle apprendra à lire, plus vite. Ou trouvera une bonne âme. Quoique si elle tombe sur une autre de ses amantes délaissées… c’est peut être mauvaise idée. La tourtelle, tourterelle, dame oiselle aux ailes brûlées, marquée, prend la route, pressée d’arriver à son but. S’il n’est plus là, au moins verra t elle la ville de sa naissance. Elle se moque d’elle-même - devient elle sentimentale ? - en silence, jugeant inconvenant d’éclater de rire en cet instant. Le bâton rythme ses pensées. Vagabonde. Après quelques nuits à la belle étoile, elle pose son bagage à Aix et se dirige, en fêtarde avertie, vers les bars. Écumage en règle donc. Papotages et discutaille. Levage de coude et sous entendus. Soirée arrosée quoi. Fin de soirée dans un verger. Accompagnée, voyons. Qui ? Ah non, ça ne se dit pas ça. Homme rassuré, mais non elle ne s’accroche pas et ne veut pas le revoir. Tiens, ça le vexe aussi. En rajoute une petite couche. Un seul l’a marquée. Quoi ? Ça ne se raconte pas après l’acte ça ? Elle s’en amuse. Départ dans la foulée, jambes un peu en coton durant les premier pas. Direction… Arles, enfin. La veille, le sommeil lourd, dans un bosquet, l’appel de la route s’est fait ressentir. Elle ne tardera plus tant à reprendre les chemins. Bref, Arles et la rencontre d’un jeune homme tout gentil qui, avant même le moindre effleurement buccal, lui murmure des mots d’amour. Rien de tel pour la faire fuir. Ben tiens, ça tombe bien, les pieds la démangent, le papillon se trouve une excuse et se dirige vers Nîmes, prétexte quand tu nous tiens, une fois n’est pas coutume, elle fuit. Elle se serait bien attardé un brin, la lettre du brun disait qu’il était là, lorsqu’elle avait été écrite, tout du moins. Pas une trace de lui. Il avait déjà dû s’éloigner vers d'autres lieux. Les chanceux. [Amertume du zeste] Jolie ville, Nîmes. Pas vrai. Elle n’en sait rien. Rien visité. Elle repartira bientôt. Pas grave. En attendant, la demoiselle ère dans les bars. Rencontres diverses et variées. Puis. Surprise. Un brun. L’amant vagabond lui-même. Sourire, silence, dialogue qui s’entame. Contenu de la lettre qui s’apprend. C’est qu’il est marié ou presque, l’homme qui dort comme un ange ou presque. En gros, il était célibataire ou presque. Bon, l’approximatif, ça ne la gêne pas tant que ça, parce qu’elle, le célibat ou presque, elle connait bien. Elle apprend qu’elle se serait sans doute bien entendue avec la dite femme. S’il le dit. C’est qu’elle a appris aussi à lui faire confiance au brun. A tort ou à raison, elle n’en sait rien. Ce n’est même pas son homme à elle et elle croit tout ce qu’il… Bref. La brune est marquée par le brun qu’elle a marqué. Si ce n’est en dedans, au moins, c’est apparent. Si, si, là, sur son poignet. Il contracte une dette, pour les amitiés gâchées. Faudra qu’elle réfléchisse à la sanction. Elle y repensera. Ou pas. Bien sûr qu’elle y repensera, quelle question. Soirée dans un troquet ? Quelle bonne idée. Et puis, elle le reverra, sans doute. Une tignasse brune qui entre. Raté. Ce n’est pas lui. Mais la soirée s’annonce agréable. Langue acérée et phrases avares de mots, du genre de dialogue qu’elle apprécie. Sourires, papotage sur la Provence et la sensation d’être chez soi ; sur les voyages, et bien sûr, sur le nombre de voyageurs. Et là, la maitresse remercie elle ne sait trop qui d’avoir fait entrer une tierce personne. Parce qu’au moment où elles parlent d’accompagnant, la vagabonde avec qui elle discute, lui fait une description d’un ours, brun, pêcheur et amateur de miel et cet ours là, elle le connait. Bien même. L’intruse donc, leur permet d’enchainer sur le thé aux logismes, un truc imbuvable qu’elle(s) ne cherche(nt) pas même à gouter. Et là, le drame éclate. L’illuminée brise un verre d’un coup de botte dénué de la moindre once de pitié, laissant là les deux brunes effrayées, elles qui justement étaient en grande discussion avec un représentant verrier, cherchant auprès de lui, conversation intéressante. Après avoir milité un moment pour la sauvegarde verrière, les deux brunes quittent le lieu du sacrifice, la grande n’oubliant pas de préciser à l’autre qu’elle et son ours partent le lendemain. Elle réfléchit. Un pieux mensonge pour expliquer qu’elle n’est pas repartie comme prévu. Trop bu ? Endormie ? Un bout des deux. Et justement, voila le brun qui pointe son nez. Elle a réfléchit juste à temps. Brefs saluts matinaux. Midinaux devrait on dire. Brève évocation de sa brune, avoue qu’elle est sympa. L’amante préfère quand les femmes des hommes sont insupportables, ça aide à sa conscience. Pas comme si elle avait des scrupules, mais il faut croire que ça la démange. A propos de démangeaison, la voilà qui redonne dans le pathos. Pas grand-chose en fait, un brin de réconfort, elle n’abuse même pas de la situation. Profitant juste de la chaleur de ses bras. Faut dire qu’il l’a mise en garde. Et, sagement, elle obéit. Vraiment, elle se ferait honte si elle se voyait. S’être laissé atteindre à ce point, a-t-on idée ? Mais elle ne se voit pas. Ils se reverront. Bonne nouvelle. Taverne, chope encore. La presqu’épouse qui entre. Déçue, contente de la revoir et gênée. Mais bon, va profiter du moment, la dame est agréable. Doute que ce soit le genre de pensées qui lui feraient plaisir, à la dame. Elle a l’air de cultiver sa sauvagerie. Papotage, doucement, l’est tôt pour la grande. L’est au moins tout ça du matin. Soleil un brin plus qu’au zénith quoi. Constatant avec le même plaisir qu’un gratouilleux de cordes s’est installé auprès d’elles, elle lui demande, poliment, si, si, c’est important, d’aller jouer ailleurs. L’homme, pas contrariant, se barre. Voyageurs qui entrent. Brun qui arrive à peu près au même moment. Déglutition en bonne et due forme. Discussion décousue sur les comptoirs, les brunes, les voyageurs et les autochtones qui auraient dû leur faire découvrir la ville. Pas un dans la taverne. Raté. Oui, ça en fait des ratés. La tension est palpable, l’intruse du couple de bruns se dit qu’elle devrait partir, elle y pense, très fort. Le brun se concentre sur sa chope ou sur les mots étranges du couple de voyageurs. Sa brune a l’air de capter quelque chose. Le couple se barre, sont plus que tous les trois. Fuis, traitresse, fuis, c’est le moment. - Marseillaise, Demoiselle ? Raté… oui, encore. Trop tard. Ouf, une entrée. Et la grande qui dit quoi ? Qui dit qu’ils ont des choses à se dire ? Et qui se barre… entrainant l’entrant. De la poigne. Ah ça pour parler, ils ont parlé. Trois phrases. Un qui s’excuse et file rejoindre son amour de tripes, et l’autre qui lui dit d’y aller. Devraient écrire une pièce tiens. Plus tard, ça ferait sensation. Merdouille, elle ne sait pas écrire. Tant pis, ils ne seront pas célèbres. Une nuit de plus sur place. Pas revus. Pas plus mal. Jambes de coton et mal au cœur. Quoique le cœur ne soit pas placé au nœud des intestins. Bref. Un pli, court, dans la nuit. Signature qu’elle reconnait. Enfin, elle dort. Elle ne sait pas ce qu’il y a dedans, mais l’attention l’apaise. Elle écume les bars. Encore ? Et oui, c’est une pochtronne. Pis elle a le droit, c’est comme ça, et puis c’est tout. Sourires un peu factices, n’a pas très envie là. Mais bon, parait qu’elle va bien. En tous cas, c’est ce que ses lèvres racontent. Rencontre une madame avec qui elle discute beaucoup et finit par afficher son premier vrai sourire du jour. De fil en aiguille, le courant passe. Nickel, chrome, ou autre alliage inconnu. Les femmes s’apprécient et la maitresse éconduite finit par s’ouvrir à l’inconnue sympathique. Après vérifications, il s’avère qu’il n’y a pas de brun amateur de miel dans ses conquêtes, elle lui demande donc de lui lire les courriers. Elles ont le temps. Le premier des plis, celui que la toulonnaise avait tenu en ses mains évoque sa femme, Arles et quelques mots plaisants. Malgré la voix féminine qui lit le tout, la brunette l’entend presque, lui. Le second. Excuses. Pour cette sorte de retrouvailles. Ah ça, elle aussi les aurait voulues autres. Billes qui se fixent sur un poing, sur un point. Elle va reprendre la route, sa besace, son bâton, ses espérances et ses envies. Elle va profiter encore, mais ne se posera pas. Non. Elle guette toujours un peu le ciel, cherchant pigeon. Dormira où ce soir ? Belle étoile ? Hôtel ? Chez l’habitant ? A voir… Les jours défilent lentement. Tout se passe dans la moiteur. Moiteur de la tiède ambiance des bars, tiédeur chèrement acquise à coups de volets clos. A se demander si laisser passer l’air n’aiderait pas mieux. Moiteur des nuits, nettement plus agréable lorsque deux corps se découvrent, se testent et se goutent. La fraicheur des nuits contraste avec les flammes du lit tandis qu’un léger courant d’air sur sa peau exacerbée la fait frissonner. Nul besoin d’air pour ce faire. Étreintes au goût de trop peu, d’incomplet, de bâclé. Elle les enchaine. Elle a dormi dans les bras d’un ange ou presque, et s’est brûlé les ailes. Il parait que ces choses là repoussent, mais jamais tout à fait pareilles, sur une des siennes désormais, il y aura une pointe d’encre indélébile. Elle avait toujours su préserver son cœur… Foutaises ! Postez le premier commentaire Recommander
Mesange nocturne
Publié par Yunette dans Articles par défaut Son sourd du métro sur ses rails, son étouffé, résonnant dans le tunnel, crissement suraigu de l’appareil qui freine, arrêt. Arrêt, et pas de redémarrage, comment ça, pas de redémarrage ? J’ouvre les yeux sur le terminus du métro. Quelques rares personnes s’éloignent dans les couloirs, puis les lumières s’éteignent. J’ai à peine le temps de réagir, d’émerger totalement de ce sommeil qui me prend souvent lorsque je rentre du boulot, qu’il fait noir dans les boyaux. Une lueur glauque, clignotante indique une sortie de secours, là bas, loin, trop loin pour que je songe, ne serait ce qu’une seconde sortir de ce wagon pour m’y rendre. Mes yeux se posent sur une affiche de cinéma, une fée Clochette de taille humaine me fait face, éclairée par intermittence. Le jeu des ombres et lumières lui prête des vertus polymorphes, la faisant ressembler à un farfadet facétieux. Mon regard se perd dans les méandres des couloirs qui se présentent à ma vue. La lumière crépite encore un peu et, tel un scénario catastrophe, clignote encore une fois et ne se rallume plus. Me voici dans le noir, abandonné à moi-même. Les sons environnants envahissent mon esprit, rats arpentant les rails au repos. Clapotis de l’eau qui goutte, seconde après seconde, égrenant lentement les heures qui mettent trop de temps à s’écouler. Je remonte ma capuche, offrant un écran à mes oreilles, voulant les isoler de ces bruits qui envahissent mon esprit. Mes yeux veulent voir, le noir opaque qui m’entoure va me faire tourner fou. Une envie folle de nicotine s’empare de mon être et je farfouille dans mes poches, à l’aveugle. Ici les cigarettes, là les allumettes. La boite émet un son résolument vide. En y tâtonnant, je devine un vestige de bois orné de rouge, collé à la boite. Le détachant précautionneusement, je songe au passage que ce court moment offrira à mes yeux l’occasion de dévorer quelque image à se garder sous la dent. Le tube de nicotine posé à mes lèvres, gardant l’espoir d’y avoir bien apposé le filtre, ma main tremblante s’empare du bois sauveteur et le frotte sur le côté de la boite prévu à cet effet. Une fois, deux fois, l’allumette se brise. Résistant au reflexe qui allait me la faire lancer, je reprends en doigts le petit bout survivant et réitère mes efforts. Enfin, une flamme ! J’y allume fébrilement cette cigarette tant désirée et tire une longue et ô combien délicieuse, bouffée. Là, derrière la vitre me regardent deux yeux rouges, proches l’un de l’autre. La tache de lumière qui envahit ma vision depuis l’allumette s’est allumée fausse mon discernement. Dans un hurlement je jette le clope tandis que les yeux cessent de me fixer. Mon pouls s’accélère alors que ma respiration se saccade. Où est il passé ? Mon cœur emballé s’empresse de me brouiller la vue une fois de plus, ainsi que tous mes autres sens. Je me réveille dans une chambre d’hôpital où le blanc omniprésent m’éblouit. Une infirmière entre, cherchant un « Mésanger », c’est moi, je l’en informe. Elle vient m’expliquer la situation. Le chauffeur m’a retrouvé dans un wagon, quelques minutes à peine après l’arrêt. J’étais en pleine syncope. Les explications se perdent au milieu de mes pensées. Je sais bien que je les ai vus, ces yeux, ou un reflet de ma cigarette dans le double vitrage. Quelle honte !
Dans un wagon d'une rame de métro. 5 mots à utiliser : fée - capuche - songe - polymorphe - mésange
Trois petits chats
Publié par Yunette dans Articles par défaut En entrant dans la salle à manger, ce soir-là, j’eus la très nette impression de me jeter dans la gueule du loup. Loup des bois. Boite aux lettres. Lettre d’amour. Mourre à trois. Partition à six mains, mains sur mon corps frémissant. Amour à trois ! Trois pièces. Lorsque j’entrai, telle était leur tenue à tous deux. Costume trois pièces. Mon mari et mon amant. Assis, là, discutant du dernier opéra auquel ils m’avaient amenée, chacun à leur tour, un verre à la main. Me voyant arriver, ils s’arrêtèrent de parler, me fixant, me détaillant comme ils savaient si bien le faire. Je n’ai pas cherché à comprendre ce qu’ils faisaient ainsi, dans cette tenue, j’aurais dû. Les voir si sereins libéra en moi l’envie de leur chanter en une unique note l’amour que j’avais pour eux deux. Tintamarre.
Musical et gueule de loup : "En entrant dans la salle à manger, ce soir-là, j’eus la très nette impression de me jeter dans la gueule du loup."
IRL
Publié par Yunette dans Articles par défaut Quand j’étais môme, chaque fois que j’avais du chagrin, je me réfugiais dans la nourriture. Un gâteau par ci, une sucrerie par là. Je me goinfrais sans savourer aucunement et m’enfermais dans cette démarche d’oubli que me procurait la nourriture. Cela avait commencé tôt. Très tôt. Déjà, lorsque j’étais nourrisson, je ne me consolais que la bouche emplie du sein de ma mère, ne trouvant mon repos que lorsque j’étais repu, au point que le lait ne demandait qu’à ressortir si l’on me penchait un peu. Je savais parfois me contenter de mon pouce, mais ça ne durait pas, bien vite j’hurlais à pleins poumons, jusqu’à même en avoir des taches noires devant les yeux. Quand j’ai grandi, j’ai gardé cette capacité de m’évader j’ai appris à lire, et me voyais tantôt héros d’un conte de fées, prêt à délivrer une belle princesse d’une forteresse d’ivoire, de jade ou … de pierre. J’ai souvent été aussi navigateur de l’espace, passionné, aventureux. J’étais, tout ce que mon corps, malmené par mon amour de la nourriture, ne me permettait pas d’être. J’étais beau aussi. Ça, c’était important d’être beau. Arriva l’adolescence… les boutons. Ces vils boutons, traitres parmi les traitres, ceux qui défiguraient mon visage bouffi par la graisse emmagasinée. Les furoncles et les points noirs. Mes cauchemars. Mais, j’ai trouvé la parade ! Je ne sortais plus, je ne vivais qu’à travers mon petit jouet, celui que mes parents m’avaient offert avec l’abonnement qui allait avec. Mon or-di-na-teur. Et là, plus de complexe, comme avec les livres, mais en mieux ! En face, la princesse était jouée elle aussi, l’histoire était réciproque, elle me contait des mots doux, je la comblais de bijoux ! Et puis un jour, on a décidé de se rencontrer, pour pouvoir s’aimer en vrai, ma douce Crystal et moi, son Romeo. Nous nous sommes donnés rendez-vous, dans un bar, châle noir pour elle, cravate rouge pour moi. Et je l’ai vue. Ou plutôt, je l’ai vu. Le physique semblable au mien, quelques années de plus (le double !), une barbe de trois jours, et un magnifique châle noir sur les épaules. J’ai défait ma cravate, l’ai soigneusement cachée au fond de ma poche et me suis enfoncé dans mon siège, contemplant ma tasse de café comme si elle était la septième merveille du monde. J’ai trouvé autre chose. Du café, je suis passé à la cigarette, de la cigarette, aux amphétamines, il fallait que je tienne, je m’accrochais à ces vies édulcorées, cocaïne, héroïne… douce héroïne dans son sachet de cristal… J’étais perdu, libre à mon idée, mais enfermé en vérité. Une prison d’évasion. L’idée fait peur, amenée ainsi. Aujourd’hui elle me fait sourire, la pensée même que je me sois laisser ainsi gagner par l’irréel va jusqu’à me faire rire. Mais à l’époque, rien ni personne n’aurait pu me le dire. J’avais choisi mes chaines, elles étaient incassables. Il a suffi d’une brèche. La panne. Pas une simple panne, non. La toile qui régissait ma vie, celle grâce à qui j’avais tous mes contacts, s’est brisée. Plus personne pour m’apporter mes doses d’évasions, le facteur, les livreurs me déposaient tout, je ne pouvais plus les joindre. J’ai dû sortir, marcher, avancer, sauf que je n’avais nulle adresse où aller, que je n’ai retrouvé personne, à part des gens qui vivaient. J’ai trouvé, enfin, ma liberté, c’est la vie !
Ecrire un texte sur le thème de l'évasion dans son sens le plus large avec des mots obligés: espace, forteresse, chagrin, rire, noir.
Songe et vérité
Publié par Yunette dans Articles par défaut La mer est sans routes, la mer est sans explications. Tu es pourtant parti la parcourir, telle une route et avec moult explications. « Je t’aime mais tu comprends, la mer, c’est ma vie… Je ne peux m’en séparer, mais je reviendrai, c’est une promesse, je reviendrai. » Mensonge ! Chaque jour je m’en suis venue sur cette plage, contempler l’horizon, espérer ton retour. Chaque jour les gens m’observaient, me dévisageaient, moi… et mon chapeau de paille, quel que soit le temps. De jour en jour ils m’ont regardée plus en détail avec cette protubérance que je ne pouvais plus cacher. Et mon regard sur l’horizon. Et ces gens autour, ces gens qui passent et qui ne voyaient pas. J’aurais aimé être de ceux qui insouciants profitent de la mer, des vagues… vaquent à leurs châteaux de sable et dégustent quelques crèmes glacées.
Le texte devait commencer par : " La mer est sans routes, la mer est sans explications."(citation d'Alessandro Baricco) et finir par la phrase nominale " Intense instant ".
Petrouchka
Publié par Yunette dans Articles par défaut Une Volga avec chauffeur ronronne sur le bord d’une route, le ciel blanc laisse présager de la neige à venir. Un peu plus loin, une vieille femme progresse dans la steppe, silencieuse, perdue dans ses pensées. Un son, clair et coloré, la ramène à la réalité. Ce son – semblable à celui d’une cloche – la trouble bien plus qu’elle n’aurait cru. Elle s’essaie à courir, pressée, sa canne tapant contre le sol gelé. Ses souvenirs se confondent avec l’instant présent, elle se souvient ; cet endroit, elle l’a quitté il y a bien longtemps, lorsqu’elle voulut chercher ailleurs, un avenir. Elle l’a trouvé, bien loin d’ici. Elle revoit, comme en un rêve, le jour de son arrivée, ce jour où elle fut prise en charge ; elle revoit aussi ce moment où elle reçut un nouveau nom, ce nom qu’elle porte encore, qu’elle a fait sien, Petra. Elle a vécu là-bas, au milieu d’autres enfants qui, comme elle, s’étaient découvert un foyer. Leurs parents avaient préféré les abandonner plutôt que de les voir mourir sous leurs yeux, voire pire. C’était terrible – la famine – en 1922, terrible.
C’est pourquoi ils fuirent, loin de tout ça ; des rumeurs disaient que tout là bas, en Finlande, les gens mangeaient à leur faim – trois repas par jour ! – et même, même qu’ils avaient de la nourriture à donner. Pourquoi avaient-ils ce creux douloureux dans le ventre ? Simplement parce que le gouvernement refusait toute aide internationale. Petrouchka – elle s’appelait encore ainsi – Petrouchka ajusta son mince manteau sur son corps maigre, prit son petit frère – Piotr – sur son dos et avança, droit devant elle, en direction du nord ouest. Dès qu’elle voyait un gamin, elle le hélait et tous – sans exception – la rejoignaient. Leur groupe devint de plus en plus important ; de village en ville, de ville en hameau, partout où ils passaient, les enfants suivaient. Ils n’avaient plus rien à perdre c’était un voyage de la dernière chance.
Ce n’étaient que des mômes, ils partirent sur un coup de tête, ne pensant ni aux provisions – qu’auraient-ils pu emporter ? – ni aux fraîches nuits qui les attendaient. Avec leurs seuls vêtements, fins pour la plupart, ils surent dès la première nuit que leur périple allait être difficile. Petrouchka partit de Moscou, son frère accroché à son cou, il pesait si peu qu’il ne la fatiguait guère. Elle avança toute la journée ; le soir ils étaient douze. De jour en jour, leur nombre grandissait. Ils déterrèrent des racines pour tromper la faim, volèrent – ils eurent si peur – une charrette pour transporter les plus jeunes. Les chevaux et les bœufs ayant été dévorés depuis longtemps, les paysans ne dirent rien, trop affaiblis d’ailleurs pour leur courir après. Piotr était tellement chétif qu’il ne passa pas la première semaine. Ils commirent alors l’impensable, tenaillés par la faim, ils le mangèrent, d’abord hésitants, puis dans un état second, ivres de l’énergie étonnante débordant de ce maigre repas.
Ensuite, le voyage ne fut plus jamais le même. Certains – malgré les protéines – continuaient à dépérir, personne ne l’avouait, mais tous guettaient, à l’affût d’un nouveau festin. Aucun ne fut tué volontairement, du moins de ce qu’elle en sait. Fouettés par l’énergie tirée de leurs compagnons, euphoriques, ivres de protéines, ils avançaient plus vite encore. L’espoir leur faisant trouver de nouvelles forces. Moscou à Petrograd – anciennement Saint-Pétersbourg, futur Leningrad –, tel fut leur premier trajet. On aurait pu les suivre à la trace, il suffisait de repérer les dépouilles laissées ça et là. Marche, marche et crève. Petrouchka ne comptait pas, ni les jours, ni ceux qui les rejoignaient, ni – surtout – ceux qui mouraient ; elle préférait ne pas connaître leurs noms, le souvenir de son petit frère toujours présent à son esprit. Elle avait mangé, comme les autres – après avoir tenté de défendre sa dépouille – résignée. Elle ne voulait pas à l’époque, mais elle sait aujourd’hui, elle sait que s’il fallait recommencer, elle croquerait à nouveau, encore et encore. Chaque jour de nouveaux arrivants, chaque matin un nouveau repas, et quel repas ! Plus ils avançaient vers le nord, plus ils mouraient mais ça ne les arrêtait pas, au contraire, ils s’approchaient de leur rêve, du pays où les gens mangent à leur faim.
De Petrograd à la Frontière – la Frontière avec une majuscule, comme Futur, ainsi qu’elle se la représentait – le trajet fut difficile. La neige se faisait plus froide, les nuits plus rudes encore, jamais elle n’aurait cru cela possible. Leurs funestes repas se faisaient de plus en plus copieux, ils hâtèrent le pas, l’approche de leur but galvanisant leurs forces. Leur objectif était la Frontière, dans l’esprit de la fillette, de l’autre côté, il y aurait du monde qui les attendait. Il fallait qu’il y ait quelqu’un, il fallait qu’ils passent s’ils voulaient manger.
Toujours plus vers l’ouest, la Finlande, ils y arrivèrent, presque. Ils ne pouvaient pas passer par le poste frontière, alors quelques kilomètres avant lui, ils coupèrent à travers champs. Ils progressèrent lentement dans la neige ; peu après ils abandonnèrent la charrette, elle s’enfonçait trop. Certains se mirent à courir, il ne restait que quelques mètres, peu de barbelés ici, la Finlande étant relativement neutre. Enfin la Frontière fut derrière eux, eux les survivants ils étaient environ deux cents – ce nombre avait été constant, régulé par les arrivées de nouveaux venus et les victimes de l’hiver –, mais personne n’était là pour les accueillir, personne.
Au loin, Petrouchka repéra une fumée, elle la signala à ses compagnons d’infortune – vite réagir avant qu’ils ne se retournent contre elle – ; ils continuèrent d’avancer, affaiblis par cette course folle, cet élan du dernier espoir. Les plus jeunes furent portés, on espéra – sans le dire – qu’on n’aurait pas besoin de leur chair pour survivre. La fumée les guida jusqu’au poste Frontière, du bon côté du poste Frontière. Les gardes surpris, observèrent sans rien dire cette ribambelle de gamins squelettiques, puis un murmure parcourut les troupes, on ouvrit les portes de l’école, on y fit entrer les enfants. Tout le monde s’agita, s’affola, il fallait les réchauffer, les nourrir ! Ils furent pris en charge par un essaim tourbillonnant de villageois. Depuis le début de la famine, ce cortège représentait les seules personnes à avoir atteint leur village. Petrouchka, comme les autres, ne savait plus que faire – enfin des adultes ! – elle n’avait plus à diriger, plus à être forte, elle pouvait redevenir ce qu’elle était, une enfant, prise dans ce tourbillon de pensées, elle s’effondra.
Une multitude de visions l’assaillit tandis qu’elle gisait, inconsciente – on lui expliquera, plus tard, qu’elle est restée fiévreuse et délirante pendant près d’un mois, elle voyait son frère, –surtout son frère et ce regard qu’il avait pour elle lors de leurs jeux – son frère mort ce fameux matin ; elle se voyait aussi déguster leurs affreux festins, la violence de leur faim, la force de leur appétit, avec quelle hargne ils se jetaient sur cette viande à peine froide. Elle hurlait dans ce demi coma, elle hurlait qu’elle ne désirait plus rien, juste oublier, oublier ses yeux, oublier le nombre de repas qu’elle avait fait, oublier leurs noms qu’elle avait retenus malgré son obstination à les ignorer.
Le noir enfin, le noir absolu, elle sombra. Elle ne sut combien de temps dura cet oubli, cet oubli d’elle-même et des horreurs qu’elle venait de vivre. Elle se sentait détachée de son corps, ce corps qui réclamait pitance. Elle ne ressentait aucune faim – elle apprendra qu’on l’avait nourrie régulièrement à petites doses – ne ressentait rien en fait. Elle était pur esprit, un esprit à la recherche d’un corps à habiter, d’une vie nouvelle à explorer. Loin devant, dans ce néant absolu, elle perçut une lumière, un simple point lumineux, tel une étoile. Elle s’en approcha ; cette lumière devint plus forte, au point de l’aveugler, mais elle avança encore, elle se retrouva nimbée de lumière, environnée d’une douce chaleur. La lumière se fit jaune, puis vira vers l’orange, le rosé. C’est ce moment que choisit son corps pour faire tomber la fièvre, elle commença à s’agiter ses yeux mouvants sous ses paupières closes sur lesquelles un rayon de soleil tombait. Une ombre passa ; elle sentit une main fraîche se poser sur son front alors que ses yeux se rouvraient, là elle découvrit une religieuse penchée au dessus de son visage, souriante. La nonne prononça quelques mots d’une voix douce, des mots qu’elle ne comprit pas. Elle se montra du doigt « Tilda » puis pointa la poitrine de la petite. Les cordes vocales enrayées par ce mois de maladie, Petrouchka ne réussit pas à articuler son nom, sa voix rauque laissa sortir un vague « Pretrchka », la sœur du nom de Tilda en conclut qu’elle serait – momentanément – Petra. Le sommeil la rattrapa sitôt ce baptême terminé, un sommeil lourd, réparateur. Nouveau nom, nouvelle vie, ce sommeil fût aussi serein que le précédent avait été agité. Elle se réveilla l’esprit purifié, neuve, ses tourments toujours existants mais relégués au fond de sa mémoire. Les sœurs ne demandèrent pas aux enfants comment ils avaient survécu à ce voyage, encore moins de quoi ils s’étaient nourris, elles l’avaient lu dans leurs yeux et surtout avaient entendu Petra délirer. Elles ne leur en parlèrent pas et firent donner une messe pour leurs compagnons disparus ce qui les apaisa grandement. Bien que – trop – mûris par ce périple, ils décidèrent d’un accord tacite de redevenir de simples gamins ; ils se forcèrent à jouer au début, puis le naturel revint, les rires, hésitants tout d’abord devinrent francs, clairs, la cour de l’école en résonnait ; leurs yeux se remirent à pétiller. De peureux, farouches, ils se mirent à admettre l’éventualité d’un à venir, s’épanouirent, heureux même. Et ce, grâce à ces inconnus qui les avaient nourris, réchauffés, habillés, qui les avaient rendus à la vie ; ces étrangers, leur nouvelle famille. Leur ancienne vie, celle qu’ils avaient menée avant le cauchemar fut remisée dans un endroit de leur tête qu’ils contemplèrent peu.
Quelques semaines après leur arrivée, les autorités décidèrent d’ouvrir un orphelinat ; peu d’enfants connaissaient l’endroit d’où ils venaient, aucun ne souhaitait y retourner. On leur offrit leurs nouvelles identités ; ce prénom – Petra – né d’un quiproquo fut sien légalement, ils devinrent "pupilles de la nation finlandaise". Et c’est là que Petra naquit, là qu’elle redécouvrit la vie ; là qu’elle put être insouciante, qu’elle put vivre sans craindre la faim, la terrible faim.
Ce périple, Petra s’en souvient, et là, près du lieu de sa première naissance, quand elle entend – ce qui semble être – le marteau du forgeron, elle redevient la petite Petrouchka, celle qui courait au milieu des soufflets ; celle que l’on grondait parce qu’elle s’approchait trop du foyer ou parce qu’elle posait ses mains sur l’enclume. Elle court, comme elle le peut, en cette matinée fraiche de 1990, alors qu’elle a enfin pu revenir en touriste, faire ce pèlerinage dont elle rêvait tant dans ce village où elle a vu le jour, la première fois. Le "rideau de fer" est terminé – le mur est tombé – jamais elle n’aurait cru devoir attendre autant pour contempler son passé.
Des bâtiments sont en vue. Elle trébuche, se rattrape à sa canne, relève les yeux et s’arrête net. Il a bien changé son village. Bien loin de son souvenir en fait, les quelques maisons clairsemées qui étaient à l’époque la banlieue moscovite ont disparu. Elle n’a pas rêvé pourtant, c’était bien le son d’un marteau sur une enclume qui l’a faite vibrer de tout son être tout à l’heure. Mais laquelle ? Devant elle, une nuée humaine sort d’une immense usine tandis que d’autres laissent échapper leurs ouvriers. L’une d’elle occupe l’emplacement de la forge de son père et, au vu de l’emblème or sur fond rouge, ce n’est pas lui qui a fait fortune.
Elle ne s’attendait pas à le retrouver, ni sa mère d’ailleurs, trop de temps a passé, mais elle aurait aimé, oh combien aimé, revoir ce village où – bien avant de devoir partir – elle avait coulé des jours heureux. Cette plaine où elle jouait avec Piotr, le ruisseau où elle avait manqué se noyer, tout à disparu. Elle essaie de s’approcher un peu plus pour mieux se rendre compte du changement. Ses jambes se dérobent, et elle reste là, au milieu des architectures de béton et de taule, prostrée, lasse, vidée. Des ouvriers, pressés, s’étonnent de voir une vieille dame plutôt élégante, à genoux, en larmes tendant les bras à d’invisibles personnages et balbutiant : "Papouchka ! Mamouchka !".
La neige commence à tomber.
Cette neige la ramène à une autre neige, une neige d’il y a 68 ans, non pas celle de ce village, ni même celle de son voyage, mais celle qui avait le goût de la liberté, de l’espoir et de la renaissance. Petra se relève, les jambes flageolantes. Ce n’est pas ici qu’est sa vie, sa vie, elle l’a vécut bien loin d’ici, dans le pays où l’on n’a pas faim, où l’on peut rire, sans crainte. Ici, elle n’a que des souvenirs, heureux ou pas, mais son avenir sera auprès de ses enfants, Peter – ce fils qui a pour elle le même regard qu’avait Piotr, son frère – ses filles et leurs nombreux enfants.
Absurde
Publié par Yunette dans Articles par défaut Un homme, une femme, dans un lit. Lui, – Le père Noël est mort à 23h59. – Quoi ? – Le père Noël est mort à 23h59. – Pourquoi tu dis ça ? t’as vu ça où ? – Mais nulle part ! J’imagine juste ça comme une possibilité, un délire en somme, pense à la une du journal le 25 décembre « Le père Noël est mort à 23h59 », et surtout à l’effet que ça aurait eu ! – Mais… et les cadeaux ? – Ben justement ! c’est ça qui est drôle ! Le père Noël qui serait mort juste avant de les distribuer ! Rien qui arrive, pas une luge, pas une poupée ni de soldat de plomb ! Nada ! – Pas même des billes ? – Rien de rien ! Rien que les rêves des enfants déçus le lendemain ! – Non, mais ce n’est pas possible ! T’imagine l’ambiance le lendemain ? – Bah ? pour une fois tout le monde sera la même enseigne le matin de Noël ! Pas d’enfant déçu parce que le cadeau ne lui plaisait pas à côté d’autres n’ayant rien. Il ricane. – Ben et les nôtres d’enfants ? hein ? t’en fais quoi ? T’imagine leur tête ? Non vraiment ça ne me plait pas qu’il ne passe pas, mais alors, pas du tout ! Je… je ne sais pas ce que je vais faire mais ça ne va pas se passer ainsi ! Elle se lève prestement, lui, la regarde faire. – Tu vas où ? – En cuisine ! je avis lui faire son goûter au père Noël ! Il arque un sourcil. – Et ? – Et je t’assure qu’il ne fera pas un coup comme ça ! Ne pas amener de cadeaux aux enfants ! C’est inadmissible ! Il ne fera pas de mal impunément, moi je te le dis ! Il la regarde faire, impuissant devant une telle rage et s’endort. – Un peu de farine, un œuf, de la mort aux rats, du lait… Elle chantonne presque en déposant le goûter funeste au pied du sapin. Puis retourne se coucher.
Un homme en blouse blanche, un thermomètre à la main. – Heure du décès estimée à 23h59. Elle, – Il l’avait bien dit qu’il mourrait à 23h59 ! Grimaçant, – Par contre… ce que je ne savais pas, c’est que le père Noël, c’était mon mari !
Pièce de théâtre... consigne? "le père noel est mort à 23h59" et maximum 300 caractères de didascalies.
Rien qu'une Paire
Publié par Yunette dans Articles par défaut Chaque fois que je les vois virevolter devant moi, ça me fait le même effet. Minces ou rebondies – celles qui se montrent sont rarement maigres – leur parfum parvient à mes narines, mes yeux détaillent le grain de leur peau, fin, si fin. J’en salive. Il parait que ça ne se fait pas d’y toucher, que l’on n’a pas le droit. J’aimerai bien moi, y poser les doigts, délicatement, en avoir une paire, rien qu’une paire pour moi. Je m’en contenterai, pas la peine d’en avoir une douzaine. Y poser mes doigts et les laisser glisser tout du long, doucement. En apprécier la courbe, le galbe. En approcher mon nez, et en humer le parfum délicat, léger, si léger. Ha ! Respirer si près de ces cuisses rondes, les faire frémir de par mon souffle, ces cuisses où je rêve d’enfoncer mes dents, légèrement, pour en apprécier la fermeté. J’en tremble ! Elles sont si près de moi. Il me suffirait d’avancer la main, si peu, d’oser y poser le doigt, juste un doigt, une aérienne caresse volée… Mon Dieu ! Si je fais ça, je sais que je ne pourrai m’empêcher de les saisir à pleine main, à pleine bouche même, d’en exprimer la saveur, d’en savourer le goût ; il faudra que je laisse ma langue y courir, avidement, gourmande, que mes papilles s’en délectent, encore et encore. Mais je n’en ai pas le droit ! Elles sont si petites ces cuisses, si frêles, mes mains maladroites, mon immense bouche ne leur rendraient pas bien mon amour. Je pourrais les briser, les abimer ; et puis, une paire me suffirait-elle vraiment ou deviendrais-je insatiable ? M’en faudra-t-il toujours plus si je me laisse aller, si las de résister je m’abandonne à ce désir ? Je devrais plutôt me contenir, les laisser dans leur robe persillée, dorées à souhait, cette couleur ambrée qui leur va si bien ! Je ne craquerai pas, je garderai ma main rangée bien sagement, je ne vais pas l’approcher de ces demoiselles rangées en corolles, dans une pose suggestive, cuisses écartées. Non, ma main, ne te lève pas, n’avance pas plus loin, il ne faut…
Hé dis, Albert, tu les encadres ou tu les envoies les grenouilles pour la douze ?
Un, deux et trois
Publié par Yunette dans Articles par défaut Un, c’est toi, toi qui fis des conneries, qui fus enfermé pour ne pas avoir voulu jouer la balance. Une longue absence. Mais vous étiez déjà séparés. Deux, ce fut un amour, passionnel, qu’elle vécut à fond. Mais Deux, il savait, lui, il savait que malgré cette passion débordante, au fond d’elle, elle aimait Un. Chaque semaine, elle allait au parloir, chaque semaine elle revenait en larmes. Alors il avait compris ce qu’elle ne pouvait (voulait ?) voir. Comme ils n’étaient pas d’accord sur tout malgré leur passion, il est parti. Non sans lui avoir dit au revoir. Amoureusement, langoureusement, et sans les précautions d’usage. No comment. Deux parti, elle s’est retrouvée seule, mélancolique, malheureuse, très. Trois est arrivé. Trois a été un ami, sensible, sans gestes déplacés. Aucun. Au bout d’une semaine de gentillesses et d’attention, un soir, le soir de la mort de Brassens, ils ont mêlé leurs pieds. Rien qu’une fois. Un, tu es revenu, tu as repris tes marques, enfin… chacun chez soi, mais ensemble tout de même. Quelques semaines plus tard. Verdict. Enceinte. Pas de toi, mais tu te plais à le croire. La môme est née. Accouchement à la maison, t’as joué le docteur, bien, pis t’es parti te remettre de tes émotions, en boite. Là on se dit, mais Deux et Trois ? Deux, c’est un ami. Et il reste correct, ne se mêle pas de votre trio. Mais Trois, Trois il aimerait bien, qu’on lui dise qu’elle est de lui. Il aimerait ça lui, un enfant, et la mère avec ! Mais Deux et leurs amis lui disent de ne pas insister. Alors il se fait tout petit, dans l’ombre. Toi, Un, tu le dénigres, faudrait pas que la gamine sache. Tu veux son amour pour toi tout seul, jalousement, d’ailleurs, s’il n’y avait que toi elle ne saurait pas pour Deux et Trois.
Un soir, la môme, sachant sans vraiment savoir, elle a demandé à sa mère, dis, Un, c’est mon père ? Et la mère, un peu, beaucoup, hyper gênée dut lui répondre que ce n’était pas le cas. La gamine adorait Deux, d’ailleurs le père de sa meilleure amie (sa sœur ?), par contre, elle connaissait Trois, rien qu’un peu, et une haine viscérale, un dégoût profond la parcourait lorsqu’elle le voyait. Le lendemain de cette interrogation, tu es allée la reconnaitre. Ce n’était pas fait encore et elle allait avoir huit ans. Elle s’est découvert des grands parents, une paire. Adolescente, elle s’est rapprochée de Deux. Tu t’es fâché avec lui. Elle l’a moins revu, pourtant, elle aurait aimé que ce soit lui. Il n’y a pas si longtemps. Elle a ouvert les yeux. Les ressemblances, les cheveux, les yeux. Tout le monde s’accorde à le dire. C’est Trois son père. Toi-même tu l’as dit. Oh, pas à la môme, mais à la mère. Elle a vu Trois, tu le sais sans doute. Il n’a pas su gardé ça pour lui. Des gens lui en parlent à la gamine qui n’en est plus une. Ça s’est bien passé cette rencontre. Mais il n’y a pas eu l’étincelle. Et puis. Il a tout gâché. Il a fêté ça, et l’a appelée, ivre. Elle n’a pas donné suite.
Alors, moi, moi qui suis la môme, moi qui ai eu trois pères. Je voulais te dire, que malgré tes maladresses, ton manque de psychologie, parfois, souvent. Je t’aime, Papa. Et s’il ne doit y en avoir qu’un, ce sera toi, parce que malgré le sang qui ne nous unit pas, tu ne m’as jamais regardée comme la fille de l’autre, mais la tienne.
Faire l'éloge d'une personne proche... Nouveau jeu, nouvelle consigne. Je crains de n'avoir pas fait un éloge à proprement parler, bien qu'à mes yeux c'en soit un. (et oui, oui, je sais compter)
V(i)ol
Publié par Yunette dans Articles par défaut Ne me dis pas qu’ils l’ont fait ! Comment ont-ils pu oser ? Ils savaient dans quel état ça me mettrait, que je ne saurais plus me contrôler que je n’aurai qu’une envie, celle de leur sauter dessus et de les exterminer un par un. Je sais bien, oui je sais bien qu’on s’était dit qu’on partageait tout ! Mais putain ! Bordel pas ça ! Je les avais prévenus, ils n’avaient pas le droit d’y toucher, on ne brise pas ces petites choses, non, ils n’avaient pas le droit. Je vais me les faire, un par un ou tous ensemble s’il le faut. Qu’ils viennent, tiens, je les attends. Quand j’ai du shit, je partage, si je me prends un kébab, c’est pour tous. Lorsque je fais mes devoirs du temps de l’école, je leur faisais aussi. Me suis-je fait avoir toutes ces années ? Tous ces efforts pour en arriver là ? On avait dit qu’on partageait tout… d’accord mais il ya des limites. Rhaaa, je suis en nage là, que dis-je ne nage, en rage oui ! J’en veux un, là tout de suite, maintenant ! Viens là petit con, viens là salopard je vais te la faire bouffer ! Je te promets que tu ne pourras plus t’en servir, et tu me connais. Mes promesses, je les tiens toujours. Et ne tremble pas comme ça ! T’inquiète, je vais mettre un élastique, ça fera pas hémorragie. Fallait réfléchir avant trouduc, c’est trop tard, le mal est fait. Vous l’avez détruite et par la même occasion vous m’avez détruit. Mon petit papillon à la main, fuis connard, fuis, j’arrive. N’oublie pas, je serai là, que tu sois prêt ou non, je serai là, tapi dans l’ombre, ou en plein jour. Là rien que pour toi petit enfoiré. Et ce sera la même pour chacun d’entre vous bande de salauds ! J’y étais presque, j’atteignais le paroxysme ! Ensemble, belle symbiose, je pensais une chose, elle l’exécutait ! Mais là, elle est aussi furibonde que moi, et elle est armée ! Méfiez vous bande de petits cons, elle n’a pas apprécié votre caresse, votre touché vicieux, malsain. Non mais qu’est ce qu’il vous a pris ? Vous étiez jaloux ? Vous vouliez votre part de plaisir ? Vous me répugnez ! Je ne veux plus vous voir ! Jamais ! Vous avez souillé mon œuvre, tout ce que j’avais construit grâce à elle. Et elle ne veut plus. Elle me repousse. Par votre faute ! Je ne la contrôle plus, je… Rhaaaa !
Un jeu, si si je vous jure. Il fallait parler colère, immense, énorme colère, et bien sûr... sans écrire ce mot.
Patriiick
Publié par Yunette dans Articles par défaut Tout un programme. Tout prévu, nickel, réglé comme du papier à musique. J’hurlais ma joie ! Enfin, j’allais pouvoir le voir de près. Mon Patriiiiiiick ! Je suis fan ! Vraiment, totalement, à deux cent pour cent ! Toujours le sourire aux lèvres, on a fêté la toussaint, je souriais ! J’ai balancé les chrysanthèmes sur la tombe de l’aïeul, limite si je n’ai pas dansé dessus ! Pas par manque de respect hein, c’est juste que j’avais mon super walkman dernier cri à la ceinture, autoreverse, s’il vous plait ! Et que je n’arrive pas à m’empêcher de danser quand j’entends sa voix c’est tout. Dire que c’était censé être sinistre. Je chantonnais en souriant « Cassé la vouah, cassé la vouah…. Hummmm cassé la vouaaaaah ! » C’est qu’il déchirait grave hein. Et la mère qui me regardait, ben quoi ? J’aurai dû faire une dépression parce que sa grand mère qu’était décédée dix ans avant ma naissance reposait là ? Bon allez, d’accord j’éteins. D’un geste sec, j’ai appuyé sur un bouton, au jugé, ‘tend, j’ai la classe moi, même pas besoin de regarder où qu’il est le bouton. Je me penchai sur la tombe, toute fleurie pour l’occasion et je ne réussis pas à m’en empêcher, je fredonnai « on s’était dit rendez vous, dans dix ans… » Merde, v’la la mère qui m’a grillée. Je sens que je vais me retrouver à passer l’hiver dans ma piaule, que mon polaire, je peux m’asseoir dessus et pis que je peux aussi oublier tout les cadeaux de nowell… Bah, t’façons, t’as déjà pris ta décision hein, alors… perdu pour perdu hein… Je me redressai, observai aux alentours et cracha un « Faut bien rire un peu ! Tant pis si vous n'êtes pas content, on n'a pas tous les jours vingt ans ! » (Et pis t’façons, moi, je les avais même pas les vingt ans !).
Un jeu d'écriture, un texte qui se veut humoristique. Et ben, croyez moi, faire de l'humour sur commande, c'est pas facile.
Requiem
Publié par Yunette dans Articles par défaut La toile qui m’enveloppe laisse filtrer de l’air. Le soleil est éblouissant quand on est roulé dans un linceul. L’image du saint suaire me vient à l’esprit. La chaleur n’est pas encore à son paroxysme et pourtant je baigne dans ma sueur. La chaleur… et la peur. La voix que j’ai entendue hier au soir se rapproche. Que va-t-il advenir de moi ? Moi, Pedro, simple fossoyeur de Chihuahua, cinquante ans et toutes ses dents. Enfin, jusqu’à hier, les dents. Le cauchemar de la nuit repasse sous mes paupières closes et me laisse tremblant. Une commande. La chaleur a tué un notable, il fallait faire un beau trou. Un beau trou ça veut dire neuf pieds de profondeur au lieu des six habituels et une bonne largeur. Arrivé à 8 pieds, ma pioche a heurté quelque chose, mes rêves enfantins me sont revenus en tête. Fiévreux, euphorique, je me suis mis à creuser tout autour de l’endroit qui résistait. Je ne m’étais pas trompé, il s’agissait bien d’un coffre. Frénétique, je l’ai dégagé et hissé hors du trou. Un coup de pioche bien placé dans la serrure l’a ouvert. J’ai cru défaillir. Une cascade de pierreries et de bijoux en tous genres s’en est échappée. Je n’ai pas eu le temps de réaliser ni de vraiment me réjouir qu’un bruit est venu me troubler. Cli-ic cli-ic De ces sons qu’on reconnaitrait entre mille. Celui qui vous glace l’échine. Le son d’un colt. Après le son est arrivé ce que je redoutais. Le froid glacial évocateur de mort du canon sur ma nuque. Et là, celui qui était à l’autre bout du canon n’a rien trouvé de mieux à me dire que : "Dans la vie il y a deux catégories de personnes... Ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent... toi tu creuses. " ça a été trop pour moi, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander s’il n’avait pas un harmonica à me passer. Inconscient ? Sans doute. Surtout dégouté de n’avoir pas même eu le temps de profiter de cette richesse que je me découvrais. Ni même de me rendre vraiment compte que j’étais devenu riche. Ephémère sensation de bien être avortée. Il a sorti un harmonica de je ne sais où et me l’a collé dans la bouche. J’ai ravalé mon trait d’esprit, ma fierté et quelques dents. Sous son ordre, je suis redescendu, ai repris ma pioche et ai creusé, plus profond, toujours plus. Avant l’aube il m’a fait remonter. M’a assommé. Je me suis réveillé dans ce qui m’a semblé être un drap. Je sais désormais que c’est un linceul. La chaleur se fait de plus en plus sentir. Une autre voix lui répond. Ils vont me descendre, me descendre au fond du trou puis me descendre. On me soulève et l’on me jette sans ménagement au fond de la fosse. L’harmonica qu’il ma laissé coincé entre les lèvres exhale un son plaintif. Clic clic Le son n‘est pas hésitant cette fois. Il va tirer. Pan ! Noir, rideau, adieu. Fin de l’acte. Je perds conscience. Suis-je mort ? Une douleur sourde dans mon mollet droit me ramène à la réalité. Enveloppé dans mon linceul, il n’a pas discerné ma tête de mes pieds. Je sens une pression au dessus de moi, ouvrant les yeux je me rends compte que le soleil a disparu. L’air se raréfie. Une grosse pression me coupe le peu de souffle qu’il me restait. Dans un dernier sursaut je joue la complainte de l’homme à l’harmonica. Requiem pour le mort qu’on vient de déposer sur moi.
JPH : Cinquante ans, une pelle, un flingue, un cimetière, de l'or, le mexique.
Pseudo Conte
Publié par Yunette dans Articles par défaut Il était une fois dans un Assez Vieux Pays, un roi nommé William qui ne tolérait ni les hèssèmèsses ni les fautes de grammaire. Il fit clamer son message à travers tout son royaume par les Siwens d’eau douce : « Nul ne commettrait de faute de langage en son Royaume sans se faire punir pour trouble à la grammaire publique. » Pour ce faire il avait d’ailleurs créé la brigade de Correction Royale de Stupidité chargée de reprendre chacun ou de l’affubler d’un sobriquet. Un jour la frêle Frehelle, armée d’une pe-Titeplume, décida de se lancer dans l’écriture d’une ode à la nature. La pâle jeune femme ne savait par où commencer tant elle était effrayée à l’idée de faire la moindre faute, ce qui l’aurait condamnée à rencontrer la terrible dragonne. Par un matin pluvieux, elle se mit à écrire. « Jveuxdusoleil » pensait-elle, « comme il n’est pas là, je vais l’imaginer ».
Une Marmotte témoin de la chose, s’empressa auprès de son amie l’Hirondelle qui le chanta à tout va. Entendant cela, un Djin estimant que la malheureuse fautive ne méritait pas tel sort, se transporta immédiatement auprès d’elle. «Désires-tu mon aide ?» lui chuchota-t-il à l’oreille. Frehelle s’empressa d’acquiescer, elle ne pouvait sire mot, la peur scellant ses machoires. Le Djin fit apparaitre un hobbit, ménestrel de surcroit ; ce petit homme qui se nommait Bilbo se mit à jouer une Polka de sa lyre désaccordée et à chanter à tue tête. Les oiseaux s’envolèrent de toutes parts, dérangés par le vacarme. Guylou entendant cela se dit que la malheureuse faute de la jeune femme ne méritait pas de laisser autant souffrir ses oreilles et s’enfuit au fond de sa grotte. Le Djin les ramena sur le continent, dans un endroit du royaume que le seigneur visitait peu et leur bâtit une grande maison. Frehelle et Bilbo se marièrent alors et eurent beaucoup d’enfants… enfin, une déjà, pour commencer. JPH, comme d'hab, écrire un conte, insérer quelques mots... je me suis inspirée des pseudos des gens sur avp... voilà !
Spéléo
Publié par Yunette dans Articles par défaut Deux silhouettes parmi les ombres, Un faible faisceau traverse la pénombre qui a envahit la grotte. Les deux explorateurs se rapprochent l’un de l’autre, la présence de la lumière faisant paraitre les parois plus lointaines encore. Un battement d’ailes, loin au dessus d’eux les fait sursauter ; Martine est prise d’un rire nerveux dont le son se répercute, faisant écho au loin. Jacques s’énerve Ils s’avancent précautionneusement, Jacques avance d’un pas sûr, malgré sa sœur accrochée à lui. Le pied de Martine glisse sur une pierre, elle perd prise, entrainée immanquablement vers l’arrière ; elle pousse un cri strident tandis que son frère la rattrape d’une main, se raccrochant à la paroi de l’autre. Elle se love dans ses bras, le cœur battant à tout rompre. Se le tenant pour dit, elle reste coite, éclairant le chemin qui les mène à la sortie. Le bruissement semble s’accentuer, les battements s’approchent de ses oreilles, elle accélère le pas, paniquée. Après quelques tours et détours, ils atteignent une porte. La lumière perce à travers. Elle se jette sur la poignée, mais la porte est fermée, verrouillée. Jacques ricane ; levant sa lampe Martine aperçoit l’éclat de la clef dans la main de son frère. La porte s’ouvre laissant pénétrer un rayon de soleil dans la grange de Grand-Pa, éclairant çà et là la grotte, un amas de métaux, de bottes de paille et de tissus. Tout là haut, près des fenêtres de plexiglas tendues de toile de jute, les chauves-souris roucoulent. Martine sort, courant vers la lumière, les yeux encore humides et se retourne vers son aîné, un grand sourire aux lèvres
JPH encore: Un homme, Une femme enfermés à clef... tadam...
La chaine du sous-titré
Publié par Yunette dans Articles par défaut 1. Attrapez le bouquin le plus proche Le premier arrivé dans ma paume ? Pearl Buck, « Les fils de Wang Lung » 2. Ouvrir à la page 123 3. Trouver la cinquième phrase et citer les trois suivantes « Ainsi les cents se rassemblèrent et Wang le Tigre les compta, et quand furent arrivés tous ceux qu’il savait qui viendraient, il donna l’ordre de tuer les bœufs et les volailles et les cochons aussi. Alors les hommes se mirent de tout cœur à cette besogne, car ils n’avaient pas mangé de très bonne viande depuis nombre de jours. Les uns allumèrent les fourneaux et les firent ronfler, d’autres allèrent puiser de l’eau à un torrent de montagne qui coulait près de là, et les autres tuèrent les bêtes, les écorchèrent et les coupèrent en quartiers. » 4. Dénoncer le taggueur (celui qui m'a arrimée à cette chaîne) il s'agit d'Elvys! Une poétesse, un art d’écrire, étonnant, déroutant et troublant.
Danielle Akapko Une scribouillarde, débrouillarde de la plume qui nous entraine dans la valse des ses mots. Pradoline Des mots distillés pour dire, rire, sourire, jouer, enjouer ... et surtout donner un sens à la vie. Mimisan Une femme qui nous parle de sa vie, sa vie au japon, là où elle est "la Gaijin" avant d’être elle, Mimisan. Les Mots 2B De la poésie, des mots, des maux, les siens, ou pas…
Voyage
Publié par Yunette dans Articles par défaut Ca y est, les enfants sont bouclés, les valises bien sages, on va pouvoir décoller. La petite trépigne dès les premiers kilomètres « Meuh ? Meuh ? » T’inquiètes ma puce, t’auras tout le temps de les voir sur la route tes vaches. Le grand ouvre la bouche, je sens que je ne vais pas y couper « C’est quand qu’on arrive ? ». Je l’aurai parié, à peine partis et il commence à être chiant. C’est quoi aussi ton idée à la gomme là ? Partir en vacances… C’est nouveau ça que t’aimes les vacances ? Pas comme si t’en avais besoin, tu bosses pas !
Jeu d'écriture sur le thème des vacances, j'ai choisi la montagne et ses mots imposés: vache, océan, embruns,dextre, parti pris.
Au-delà des Ondes
Publié par Yunette dans Articles par défaut J’ai remarqué que, de temps en temps, lorsque j’éteins la radio, elle continue à marcher. La première fois je ne m’en suis pas rendu compte ; parti me coucher, je l’ai découverte – grésillant – le lendemain matin. J’ai simplement cru que je l’avais oubliée. Mais aujourd’hui, j’ai beau tourner le bouton, rien n’y fait. Je tire sur le fil. Le son persiste. Je me tourne et me retourne – rien – je ne trouve pas le sommeil, impossible de me sortir cette fichue radio de la tête. Quitte à ne pas dormir, autant que ce soit en l’écoutant. Alors, un thé, une couverture et je m’installe dans mon fauteuil favori histoire d’en savoir plus. Tout à coup je discerne quelque son malgré les parasites ; une musique étrange, ainsi qu’une voix, j’augmente le son : Etonné de ce tour de force, mais soulagé, je ris ! Ce n’est qu’une émission de radio ! Un truc à la gomme dans le genre « vous entrez dans la quatrième dimension » Pour la peine, je vais m’en délecter ; je me pencherai sur le problème de la retransmission plus tard. Le grésillement s’est tu, enfin. Comment se fait-il que cette radio a pu me transmettre cette émission ? Mais suis-je bête ?! Ce ne peut être qu’un oubli de ma part. J’avais laissé les piles lors de ma dernière sortie. Comment ? Pas de piles ? Tout à coup mes trois (trois ?) yeux accrochent le miroir je me reconnais vaguement mais ce qui me choque le plus c’est cette peau verte, écailleuse… et ces deux soleils qui se lèvent par delà les immeubles.
Jeu d'écriture (pour changer), il fallait commencer les texte par : "J’ai remarqué que, de temps en temps, lorsque j’éteins la radio, elle continue à marcher."
Borsalino
Publié par Yunette dans Articles par défaut Quand j’étais jeune et con, tiens, tout comme toi petit ; quand j’étais jeune et con donc, je m’imaginais finir riche, je rêvais d’être un mafioso sans scrupule, de porter un costume trois pièces agrémenté d’un borsalino… Ah ! Ce que j’aurai aimé diriger une famille, qu’on vienne me baiser la main en m’appelant « Parrain » et que même le pape me respecte ! Il est vrai que je ne suis pas né dans la cuisine du diable et que les seuls mafieux que j’ai vus se trouvaient sur une toile de ciné du quartier Montparnasse. Les Don Corleone dont j’avais toujours été le plus grand admirateur n’étaient que des acteurs… Mais quels acteurs ! Brando, de Niro, Pacino (que des O !) des hommes à l’image des mafiosi tels qu’on les imagine ! Ah ça oui… j’aurai aimé, mais voilà… Je suis né en 45, j’ai passé mon certificat d’études et je suis resté à Paris, là où j’avais grandit. J’en étais proche de tous ces grands ! Je n’aurai pas pu faire plus proche, j’étais devenu Projectionniste. Et toujours au Montparnasse. Bon, ce n’est plus la même petite salle, ils nous ont mis un truc énorme, « Gaumontparnasse » ils appellent ça. Et le rythme n’est plus le même, il y a tellement de films que je ne peux pas tous les connaitre, j’aimerai bien pourtant, comme à mes débuts, passer en boucle le même film et ce pendant six mois. Maintenant je n’ai plus le temps d’apprécier, cinq nouveaux films par semaine, une vraie boulimie créative ! En attendant la retraite, à chaque congé, je me réfugie au Luxembourg où je file des coups de canne aux passants, comme dirait l’autre, bien qu’ils ne mangent pas de pain.
Le gamin observe le vieux en coin, l’écoutant raconter sa vie – ça fait passer le temps – il s’imagine vieux lui-même, faisant le décompte de sa vie à un jeune con, assis sur un banc, au Lux. Il ne sait pas encore comment il sera, ce qu’il lui contera au gamin, pour l’instant il est en seconde Gé, pas fixé, pas encore prêt, peut être. Et puis, il a le temps non? En tout cas, il le croit. Il est encore persuadé d’avoir l’avenir et le monde (l’avenir du monde ?) entre ses mains. Bon il n’est pas dupe hein, au fond de lui, il sait bien qu’il ne l’a pas vraiment. Enfin, il s’en fout, ou pas d’ailleurs, ou pas. J’suis content quand même… J’ai réussi à l’avoir mon borsalino !
Jeu d'écriture, il fallait s'inspirer de cette photo de Pierre de Fenoyl
OPALE
Publié par Yunette dans Articles par défaut Opale, un nom qu’il m’a donné le jour où il m’a trouvée. Je ne sais pourquoi, mon père adoptif étant décédé, il me serait difficile de découvrir son intention. Aujourd’hui, il faut bien avouer que ce n’est plus mon principal souci. Il serait d’ailleurs bon que j’arrête de tergiverser et que je me décide ; dois-je faire face à mes ennemis ? Ou bien faut-il que je m’enfuie ? D’ailleurs si je fuie, où fuir ? Me rendre ? Non… cela ne me ressemblerai pas. Combien sont-ils ? Pas plus d’une dizaine je pense… Avancer un peu plus loin, que je prenne de l’avance. Là, après l’arbre, un ruisseau, je vais pouvoir me désaltérer. Mince ma robe… accrochée… espérons que ce petit bout de tissu ne les mettra pas sur ma trace. Prendre garde à l’endroit où je mets les pieds ; ce n’est pas le moment de me blesser. Je ne me suis jamais aventurée aussi loin sur les terres de chasse du Roy. Par où dois-je me diriger ? Réfléchis, Opale, réfléchis. Du bruit, qu’est ce que ? Les voila ?! Non, Non ! Pas déjà ?! Comment se fait-il que je n’aie vu personne arriver ?! Un son, juste derrière moi… pitié… Me voilà bien… Que s’est-il passé ? Ma tête… Les traitres, ils m’ont assommée, ligotée, où suis-je ? Un cachot visiblement, la pierre suintante m’en donne l’impression. D’un côté, la décision fut simple à prendre, d’un autre, la situation n’est pas des plus plaisantes. J’aimerai vraiment savoir ce qu’ils me veulent, ce qu’ils me reprochent. Qu’ai-je donc fait, que me reprochent-ils si ce n’est mon apparence ? Et ces liens me blessent ! Non, je ne geindrai pas, je ne leur ferai pas ce plaisir. Mais quand même… Hein ? Que se passe-t-il ? Une sensation de chaleur là où les liens me meurtrissent les poignets. Libre ? Qui est là ? J’ai beau tâtonner autour de moi, je ne perçois personne. Pas le temps de me poser des questions, tout à l’heure – combien de temps au fait ? – cela m’a valu de me faire prendre. La sortie, trouver la sortie, je veux de l’air, je… Cette lumière… on dirait… on dirait bien qu’elle émane de moi ! Suis-je en train de brûler ? Est-ce qu’on ne m’a libérée que pour me traiter comme une sorcière ? Etrange, je ne ressens aucune douleur, la douce chaleur qui émane de moi aurait plutôt tendance à me soulager. Que suis-je ? Du calme, surtout, du calme.
« Par ici messieurs-dames, suivez-moi, s’il vous plait » autant de phrases qu’il répétait machinalement, jour après jour ; ça et la tenue ridicule qu’il portait – les guides étaient vêtus à la façon de fous du Roi – étaient les principaux défauts de son travail. Mais aujourd’hui, lui qui rêvait de changement, allait être servi ; à peine arrivé dans les sous sols il s’arrêta net. Il y avait de la lumière. Pourtant, à cette heure, seul son groupe aurait dû s’y trouver. Il reprit la visite mine de rien pour ne pas faire paniquer les visiteurs et, prudemment, il les emmena loin de sa source. Pour éviter les interrogations, Bastien expliqua à ses touristes sur le ton de la confidence, qu’un spectacle « sons et lumières » était en préparation ; il leur demandait donc la plus grande discrétion. Elle semblait chatoyer, sombre, aux reflets multicolores, semblable à une aurore boréale. La fin de la visite se rapprochant, il raccompagna son groupe à la sortie, prit un sac à dos contenant son équipement de survie, mis un panonceau « risques d’éboulements » sur la porte des catacombes, puis il s’avança.
Ah ? Oui, du bruit à nouveau, très léger. Et cette fois, il se rapproche, un seul pas, je, je discerne quelque chose. Qu’est ce… Quelle est cette diablerie ? Une lumière mouvante, étincelante, on dirait qu’elle sort d’un bâton. Où suis-je ? Serait-ce quelque repaire de sorcières ? Une forme s’approche, un homme, un … un… bouffon ?
Ce texte est un éventuel début de nouvelle, il ne me manque que la motivation, le temps et... l'inspiration!
Son
Publié par Yunette dans Articles par défaut Dans un amphi bondé, un chercheur, surexcité, se pavane devant un comité d’acheteurs potentiels et autres scientifiques intéressés. Madame, Monsieur laissez moi vous présenter l’aboissonniet ! Un jour, excédé des hurlements des chiens du voisinage, je me suis mis à rechercher une nouvelle forme de collier anti aboiements. Je n’adhère pas à la forme de ceux actuels qui soit donnent une décharge au chien qui se laisse aller à faire son travail, soit lui offre une bouffée d’une senteur qu’il déteste, au risque de lui bousiller son odorat. Imaginez ! Grâce à ce tout petit appareil, vous choisissez le périmètre où vous voulez conserver le son… Je m’explique, votre maison est entourée de nuisibles… aéroports, trains, voisins plus que bruyants… chiens… non je ne les oubliais pas ! D’ailleurs, je vous le prouve immédiatement voyez, je ne veux qu’un diamètre de 25 mètres autour de moi, je règle donc cette molette… je disais… cette molette, mais tourne bon sang ! Je suis désolé messieurs dames, mais il semblerait que le bouton se soit bloqué à 5 mètres… Je vais remettre le son, hihi, comme une télécommande vous dis-je ! Fabuleux n’est ce pas ? Euh… bon… euh… il semblerait que j’aie un petit problème… Ah oui… vous ne m’entendez pas. Je vais vous l’écrire en grand là sur le tableau :
Un demi-siècle plus tard… la faune s’est éteinte, les animaux ne s’entendant plus dépérissent peu à peu. Et dans une vieille ville, une file d’être humains déambulent dans le plus grand silence… Enfin qu’est ce que le silence quand on ne connait pas le bruit ?
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Vendredi 11 Septembre 2009 à 21:00
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